Francisco Varela: L’homme est un corps pensant

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Via le blog de Astrid Dusendschön , par Romina Rinaldi, paru en juillet 2017, original ici

Le corps n’est pas au service de l’esprit : il en fait partie. Telle fut la thèse défendue par Francisco Varela, théoricien de la « cognition incarnée » et pionnier du rapprochement entre bouddhisme et neurosciences.

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Chercheur prolifique, Francisco Varela est reconnu pour son travail dans des domaines tels que la biologie, les sciences cognitives, les mathématiques et l’intelligence artificielle. En une quinzaine de livres et pas moins de 200 articles, il lègue une œuvre innovante et diversifiée.

La psychologie de l’Univers

Né en 1946 au Chili, il vit jusqu’à ses 6 ans dans un petit village perché de la cordillère des Andes. Son père déménage ensuite à Santiago où il passe le reste de son enfance. Il y reçoit une éducation classique au lycée qui fera émerger chez lui le goût de la littérature classique et de la philosophie.

Dès le début de son parcours universitaire, Varela est considéré comme un élève « à part ». Alors qu’à l’époque, biologie et sciences cognitives sont parfaitement dissociées, Varela, lui, s’interroge sur la biologie de la connaissance. Comment le cerveau fonctionne et produit des savoirs. Plus tard, lorsqu’il avait à se présenter, il se décrivait volontiers comme un « biologiste de l’esprit ».

Il reçoit sa licence en biologie à l’université du Chili en 1967 et change de continent pour obtenir son doctorat à Harvard. Il revient ensuite au Chili afin de poursuivre ses recherches avec son mentor, Humberto Maturana. Varela aimait souvent raconter l’histoire du jour où, encore étudiant, il débarqua dans le bureau de H. Maturana en lui annonçant son désir « d’étudier la psyché de l’Univers ». Loin d’être déconcerté, H. Maturana lui aurait répondu : « Mon garçon, vous avez frappé à la bonne porte ! »

Entre 1970 et 1973, H. Maturana et Varela mettront au point leur théorie de l’autopoïèse. La question sur laquelle se construit cette théorie est ambitieuse : qu’est-ce qui définit un organisme vivant ? Dans la préface de la seconde édition du livre De máquinas y seres vivos (Autopoiesis and Cognition), H. Maturana décrit le contexte dans lequel lui et Varela se sont attelés à la tâche : « Dans les années 1960, c’était une question sans réponse. Les biologistes ne la considéraient même pas à vrai dire. Ils esquivaient en arguant que d’autres connaissances étaient nécessaires ou se contentaient de lister les propriétés et caractéristiques des êtres vivants ; sans pouvoir dire à quel moment cette liste serait complète. »

Au terme de plusieurs années de recherche, les deux chercheurs aboutissent à la conclusion que ce qui caractérise les organismes vivants est leur capacité d’autocréation. En simplifiant, on peut décrire le système autopoïétique (du grec auto, soi et poiesis, création, génération) comme un réseau de composants dont l’organisation est invariable, mais dont les parties se régénèrent et se transforment continuellement à travers leurs interactions avec le réseau qui les a produites. L’organisme vivant est donc un système qui comprend une description de lui-même servant à la reproduction. Il est autonome (l’ADN produit les protéines qui produisent l’ARN) et agit de façon circulaire avec son environnement dans une perspective de préservation ou d’adaptation (l’ADN peut muter suite à des contraintes de l’environnement).

Lorsque Varela et H. Maturana transmettent cette théorie à de prestigieuses revues comme Science ou Nature, leur article est rejeté. Avec l’aide du physicien Heinz von Foerster, ils précisent leur propos dans un nouvel article. Celui-ci paraîtra dans une revue plus modeste. Malgré ces débuts difficiles, le concept rencontre l’intérêt d’autres biologistes et se trouve récupéré par des disciplines comme les mathématiques, la sociologie ou les sciences cognitives.

Après le coup d’État militaire de septembre 1973, Varela se réfugie aux États-Unis avant de rejoindre le Chili en 1980. La dernière étape de sa carrière, il la passera à l’Institut des neurosciences et au Centre de recherche en épistémologie appliquée de Paris. En 1988, il est nommé directeur de recherche ; position qu’il occupera jusqu’à la fin de sa vie. Alors qu’il reçoit le diagnostic d’hépatite C au début des années 1990 et subit une greffe hépatique en 1998, ses années passées en France restent parmi les plus productives de sa carrière. Il y décède en 2001, à l’âge de 54 ans, entouré de sa famille.

Ramener l’humain au centre du vivant

Au milieu des années 1980, Varela a su ramener la biologie à la table des disciplines travaillant sur la cognition. Dans un article intitulé « Francisco Varela : des systèmes et des boucles », Benoît Leblanc, maître de conférences à l’Institut polytechnique de Bordeaux, décrit cette transition depuis des sciences cognitives obsédées par l’intelligence artificielle ou réduites aux sciences du cerveau.

Pour rappel, l’objet des sciences cognitives est de comprendre comment l’être humain traite de l’information, stocke des connaissances et les produit. Entre les années 1970 et 1980, les courants dominant cette discipline sont le cognitivisme computationnel et le connexionnisme. Pour ces deux courants, le cerveau reçoit de l’information perceptive de l’environnement (input), la traite (boîte noire) et génère une réponse (output).

Dans le cognitivisme computationnel, c’est l’ordinateur qui sert de modèle pour la « boîte noire ». Le connexionnisme apportera des nuances à ces théories en introduisant l’idée que pour comprendre l’esprit humain, il faut s’intéresser au cerveau et non aux machines. L’esprit serait plutôt constitué d’une série de petites machines (les neurones) qui doivent travailler ensemble de façon cohérente (réseaux de neurones). Au début des années 1990, les neurosciences participent à l’essor des théories connexionnistes. Le cerveau devient directement observable quand il traite de l’information. À cette époque donc, le monde scientifique considère que la cognition se résume au cerveau et qu’on peut la décrire comme une recette de cuisine. Varela, lui, pense que la connaissance n’existe que dans l’expérience et que l’expérience passe par le corps tout entier. Il ouvre une nouvelle voie : celle de la cognition incarnée.

Énaction et cognition incarnée

L’idée n’est pas neuve. Au début du 20e siècle, des philosophes comme Maurice Merleau-Ponty ou Edmund Husserl soulignaient déjà l’importance de l’expérience dans la création des connaissances. Varela n’ayant jamais fermé la porte à la philosophie dans ses recherches, il n’est pas surprenant d’y voir apparaître ce genre d’influence.

À partir de ses travaux sur l’interaction des organismes vivants avec l’environnement et la régénération perpétuelle (systèmes autopoïétiques), Varela propose une nouvelle théorie de la cognition : l’énaction ou cognition incarnée. Celle-ci remet en cause l’idée du connexionnisme et du cognitivisme computationnel que le monde existe sur base de règles fixes, indépendamment de la perception qu’en a le sujet.

L’idée générale est à la fois simple et complexe : les fonctions corporelles (sensorielles et motrices) sont des constituants à part entière de l’esprit et non pas des systèmes secondaires au service de l’esprit. Autrement dit, le corps fait partie intégrante de la cognition : nous pensons et ressentons les choses en fonction de ce qui se passe dans nos systèmes sensoriels et moteurs. Par exemple, prenons une fonction cognitive comme le langage et le fait de comprendre un mot comme « couteau ». « Couteau » est un concept qu’on peut décrire de façon abstraite (ex. est un ustensile de cuisine, coupe, est en acier…), mais qui contient aussi les informations sensorielles et motrices liées à son utilisation (ex. attraper le couteau, coordonner le mouvement et le regard pour éviter que le couteau ne touche l’ongle du pouce, etc.). Et quand on comprend le mot « couteau », on intègre ces informations qui viennent du corps entier et de l’environnement. La cognition n’est pas une réplique passive de la réalité extérieure. Elle l’intègre et en dépend. Le corps et l’esprit ne font plus qu’un !

Conscience et subjectivité

Par ailleurs, la cognition ne peut être comprise sans faire référence au corps humain. En ce sens, la cognition incarnée se rapproche du connexionnisme. Pour Varela toutefois, le connexionnisme reste insuffisant pour expliquer comment les réseaux de neurones donnent du sens à l’information qu’ils reçoivent. Pour que le cerveau produise du sens, il faut qu’il possède une histoire, qu’il agisse sur son environnement et qu’il observe les variations de celui-ci. Un réseau de neurones (connexionniste) dépourvu d’environnement tournerait bien, mais dans le vide, traitant de l’information sans pouvoir lui donner du sens.

La neurophénoménologie représente l’aboutissement des travaux de Varela. Très longtemps, le sujet de la conscience est resté tabou pour le monde scientifique (y compris pour les sciences cognitives). On acceptait vaguement que la philosophie ou la psychanalyse en fassent leur sujet d’étude, mais il aurait été inenvisageable de l’intégrer à des paradigmes de recherche. Comment aurait-on pu se le figurer ? L’expérience consciente est par essence subjective. Et le principe de la recherche scientifique est de rester objectif. L’époque où même les émotions n’étaient pas un sujet d’étude adéquat en psychologie cognitive n’est pas si lointaine.

La neurophénoménologie

Pourtant, une forte continuité entre le corps et l’esprit se dégage des travaux de Varela. C’est pourquoi, dans ses dernières années de recherche, il s’attellera à développer la neurophénoménologie, un courant entre les neurosciences et la philosophie de l’expérience. L’objectif est alors de traiter la problématique de la conscience. À savoir comment et pourquoi les processus physiologiques donnent naissance à l’expérience subjective et consciente.

Aussi admiré que controversé, Varela aura passé sa vie en transition entre l’approche scientifique occidentale et la sagesse de l’Est. Malgré sa rigueur scientifique, on lui reprocha souvent d’énoncer des théories floues et difficiles à mettre en œuvre. À l’heure actuelle, le changement de paradigme qu’il souhaitait pour la science n’en est encore qu’à ses prémices.

L’héritage de Varela

Pourtant, Varela aura su élargir le concept même de la science et ouvrir le dialogue entre les disciplines scientifiques. Le concept de cognition incarnée reste notamment très prisé par le monde de la recherche. Depuis les années 2000, plus de 15 000 livres et articles seraient parus à ce sujet. Au-delà de ces publications, le Mind and Life Institute remet annuellement un prix de 15 000 dollars à des chercheurs s’inscrivant dans la vision de la science proposée par Varela.

Enfin, certains thèmes de recherche qui paraissent évidents de nos jours n’auraient peut-être pas émergé sans des chercheurs comme Varela. Parlerait-on alors de pleine conscience dans les revues scientifiques les plus cotées ? Comprendrait-on la façon dont nos émotions influencent notre mémoire ? Verrait-on une jeune génération de chercheurs proposer des théories comme la neuroergonomie qui tente de créer des espaces et environnements plus proches de notre fonctionnement cérébral ? Dans son parcours, Varela n’aura peut-être pas découvert toute la vérité, mais il aura indéniablement ouvert bien des portes.

Pour aller plus loin…
Le Cercle créateur. Écrits (1976-2001)
Francisco Varela, Seuil, 2017.
• « Life and mind : From autopoeisis to neurophenomenology.
A tribute to Francisco Varela »
Evan thompson, Phenomenology and the Cognitives Sciences, vol. III, n° 4, décembre 2004

« Dictionnaire des émotions » de l’historienne Tiffany Watt Smith.

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Interview. Tiffany Watt Smith: «Reléguer les émotions et leur attribuer des stéréotypes est une forme de contrôle social»
via le blog de Astrid Dusendschön

Un article intéressant et comportant suffisamment d’aspérités pour ne pas nous retrouver dans les relents de la gentillesse et bienveillancerie « à la mode ».

Par Paloma Soria Brown, 15 novembre 2019, original : Libération

La colère, la crainte, la peur, l’excitation… dans son «Dictionnaire des émotions», l’historienne revalorise politiquement la part émotionnelle de l’être humain, qui est tout aussi fondamentale que la raison.

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Tiffany Watt Smith, historienne de la culture et chargée de recherche au Centre d’histoire des émotions de l’université Queen Mary à Londres

«A noir, E blanc, I rouge, U vert»… Pour révéler les correspondances entre sons et couleurs, aller de la sensation au sentiment, Rimbaud en 1871 invente son propre lexique, composé de Voyelles, et déjà il étire la vie intérieure : tons plus vifs, sons plus nets, émotions plus intenses. Deux siècles et demi plus tard, l’auteure britannique Tiffany Watt Smith, historienne de la culture et chargée de recherche au Centre d’histoire des émotions de l’université Queen Mary à Londres, ouvre d’autres possibles encore. Son Dictionnaire des émotions, ou comment cultiver son intelligence émotionnelle (éd. Zulma, 2019), se feuillette avec plaisir pour ses anecdotes historiques, son tour du monde émotionnel, mais surtout sa revalorisation de ce pan de l’expérience humaine souvent vécu dans l’ombre de l’injonction à la rationalité, du poids de la religion ou des stéréotypes de genre. «A» comme «Amae», en japonais, le fait de se sentir vivifié par l’amour d’un être cher que l’on sait acquis. «B» comme «Basorexie», l’envie soudaine d’embrasser quelqu’un. Ou «C» comme «Compersion», ce plaisir déroutant que l’on peut ressentir quand on sait que la personne que l’on aime en désire une autre, un amour par procuration en quelque sorte. En 154 entrées, Tiffany Watt Smith démontre que l’infinie complexité de nos expériences intérieures appelle une nécessaire nuance, que connaître ses émotions passe forcément par les nommer, et que dans l’acte de dénomination se niche une puissance émancipatrice, la puissance du ressenti.

Pourquoi est-il parfois difficile de nommer ce que l’on ressent ?

La difficulté réside dans le fait que, d’une part, nos sensations sont généralement mouvantes et assez vagues. Nous pouvons avoir la même réaction physique pour plusieurs émotions très différentes. Quand nous sommes en colère et quand nous sommes excités, par exemple, notre corps ressent les mêmes effets : le cœur bat plus vite, nous transpirons, nous nous sentons nerveux. D’autre part, les mots que nous employons pour qualifier ces expériences dépendent du contexte dans lequel nous nous trouvons, de l’époque à laquelle nous vivons, ou de notre milieu social. J’aime avoir recours à l’exemple de la peur, quand la nuque se raidit. On a tendance, à notre époque, à considérer la peur comme une émotion négative. Pourtant, il arrive que cette peur soit, en fait, une forme d’excitation : vous êtes nerveux parce que vous êtes sur le point de participer à une compétition, par exemple, et c’est effrayant mais stimulant. On pourra alors penser que c’est une sorte de peur positive. D’autres cultures que la nôtre envisagent la peur de nombreuses et différentes façons. Les Pintupi, de l’ouest de l’Australie, parlent ainsi de 15 sortes de peur très diverses.

Peut-on pour autant dire que nos émotions dérivent uniquement de notre environnement ?

Non, ce serait incomplet. De nos jours, la plupart des neuroscientifiques, historiens et anthropologues contemporains s’accordent pour dire qu’il existe une relation circulaire entre culture et biologie, et que les émotions peuvent être façonnées autant par l’une que l’autre. Mais plusieurs explications se sont succédé à travers l’histoire. Avant 1830, les émotions en tant que telles n’existaient pas, on parlait de «passions», d’«accidents de l’âme», de «sentiments moraux»… Et on a longtemps cru que les émotions étaient déclenchées depuis l’extérieur par l’intervention divine. Par exemple, au XIIIe siècle, quand des moines sentaient leur nuque se raidir de la façon que j’ai évoquée, ils pensaient que cette réaction était la manifestation de ce qu’ils appelaient une «peur merveilleuse», due au fait d’être en présence de Dieu. On croyait aussi que rougir était une punition divine : puisque tout le monde pouvait voir sur notre visage que nous avions commis une mauvaise action, cela nous forçait à l’avouer.

A partir de quand s’éloigne-t-on de cette conception religieuse du fonctionnement du corps et des émotions ?

A partir de la Renaissance, avec les débuts de la médecine moderne, on se met à penser les émotions comme des réactions corporelles. Comme dans la théorie des humeurs, qui postule que le corps est composé de quatre substances, le sang, la lymphe, la bile jaune et la bile noire, qui partent du cœur et, en se déplaçant dans le corps, influencent les sentiments. Ici, rougir n’est plus lié à Dieu, c’est la conséquence d’un excès de bile jaune qui enflamme le corps. Donc on progresse, certes, puisqu’on fait le lien entre le corps et les émotions, mais on n’a pas encore identifié le rôle du cerveau. Il faut attendre le XVIIIe siècle quand, grâce à la dissection, on découvre le système nerveux. C’est à cette période que l’on émet l’hypothèse selon laquelle la connexion entre le cerveau et le système nerveux est peut-être responsable des émotions. Enfin, au fil du XIXe siècle, à mesure que l’on analyse la vie humaine de plus en plus scientifiquement, s’installe une représentation un peu plus juste des émotions comme des réactions physiques involontaires.

Quel rôle joue alors Freud, avec la découverte de l’inconscient ?

A la fin du XIXe siècle, les découvertes de Freud qui, rappelons-le, a une formation de neurologue et s’inscrit initialement dans cette vision un peu mécanique du fonctionnement du cerveau permettent de comprendre que les émotions peuvent être réprimées et, plus tard, ressurgir involontairement. Mais on ne parle plus de la vie involontaire du corps, que j’ai mentionnée. Il s’agit plutôt de la vie involontaire de l’esprit. Et plus généralement, ce qui est fascinant dans l’histoire des émotions, c’est que l’on remarque des périodes pendant lesquelles celles-ci font partie des principales préoccupations sociales et intellectuelles, avant de passer au second plan, puis de se placer de nouveau au centre des débats.

Comment les émotions sont-elles perçues dans la société actuelle ?

On assiste à une nouvelle résurgence des émotions depuis les années 90, parce que de nouvelles recherches suggèrent qu’elles sont plus intégrées dans nos activités quotidiennes que ce que nous pensions. Ce qui fait que la croyance en une stricte séparation entre la vie émotionnelle et la vie rationnelle – c’est notamment la vision d’Aristote – se trouve remise en question. Certains scientifiques populaires, comme Daniel Goldman, défendent soudain l’idée qu’il y a de l’émotionnel dans toutes les décisions que nous prenons et que le quotient émotionnel est aussi important que le quotient intellectuel.

Pourquoi cette découverte est-elle si importante ?

Associer les émotions à l’irrationnel, dire qu’on ne peut pas s’y fier parce qu’elles perturbent forcément la prise de décision, c’est à la fois se méprendre sur leur fonctionnement et les reléguer injustement au second plan. Quand je lis le journal au Royaume-Uni, où nous sommes au beau milieu d’une situation politique effroyable, très souvent, le débat porte sur l’idée selon laquelle les gens ont tort de voter avec leurs émotions, ou que les gens qui ont voté en faveur du Brexit l’ont fait par patriotisme absurde, par colère. Mais que dire de l’effusion d’amour des gens qui, comme moi, ont voté contre le Brexit, ceux qui voulaient rester dans l’Union européenne parce qu’ils y sont attachés ? C’est un vote tout aussi émotionnel.

Comment s’explique ce mépris de notre part émotionnelle ?

Le problème est que certaines informations, comme celles qui dérivent des émotions, ont tendance à être rejetées parce qu’elles s’incarnent dans le corps, que l’on perçoit comme moins noble que l’esprit. Or, nous devons reconnaître l’importance des formes corporelles de connaissance, même si celles-ci se situent malheureusement en dehors de la sphère académique traditionnelle. D’autant que si elles semblent parfois frivoles, c’est aussi parce qu’on a historiquement associé les expériences émotionnelles à la sphère féminine. En fait, la reconnaissance du rôle des émotions dans notre vie personnelle, mais aussi dans le discours public, est une idée très politique et très féministe. Cela permet de penser des domaines qui ont été négligés par l’histoire, comme le foyer, la relation entre mère et enfant, ou encore l’amour. On touche à une histoire plus intime, et où les femmes ont davantage la parole et acquièrent un statut.

Cela signifie-t-il que l’on a historiquement dévalorisé le pouvoir des émotions de la même façon qu’on a historiquement exercé une domination sociale sur les femmes ?

En quelque sorte. Le fait de reléguer les émotions au second plan et de leur attribuer certains stéréotypes correspond à une forme de contrôle social. Quand j’ai rédigé ce dictionnaire, je venais d’avoir un bébé et j’étais très intéressée par l’idée que la tendresse que l’on ressent envers les enfants est une émotion féminine, comme si les hommes ne pouvaient pas la ressentir aussi. Nous sommes souvent pris dans ce genre d’attentes sociales, cantonnés dans certains rôles et à certaines émotions selon qui nous sommes. Et la façon dont on définit ce qui est ou non une réaction émotionnelle normale reflète parfois des préjugés profondément ancrés dans la société. Dans les années 60 aux Etats-Unis, par exemple, pendant les vagues de contestation du mouvement des droits civiques, deux chercheurs en médecine de Harvard ont pensé qu’il pourrait être judicieux d’implanter une puce dans le cerveau des émeutiers, principalement de jeunes hommes noirs, qui les calmerait. Comme si leur colère n’était pas liée aux injustices économiques et politiques de l’époque, mais aussi comme s’il existait un droit à infiltrer leurs corps et à les contrôler.

Comment peut-on s’émanciper de ces attentes et ressentir de façon plus libre ?

En mettant des mots sur ces expériences, car cela leur confère un sens. Quand il nous manque un mot pour décrire une émotion, celle-ci peut nous échapper. Il y a eu beaucoup de recherches sur ce que nous appelons la granularité émotionnelle, l’idée que plus nous avons de mots pour décrire spécifiquement ce que nous ressentons, plus nous sommes en mesure de penser nos expériences et d’exprimer une gamme plus large d’émotions. Et ce qui est fascinant, c’est que nous sommes toujours en train d’inventer de nouvelles émotions. Par exemple, le néologisme suédois «flygskam» décrit le fait d’avoir honte de prendre l’avion car cela pollue énormément. Le mot a été repris par divers journaux anglais récemment et quand je l’ai découvert, j’ai pensé : «Mais oui, bien sûr ! Moi aussi, j’ai honte de voler !» Plus tard, je suis tombée sur un article qui posait la question : «Le mot « flygskam » va-t-il nous inciter à prendre moins souvent l’avion ?» C’est merveilleux qu’il existe désormais un concept pour, non seulement, verbaliser cette expérience, mais aussi pour l’influencer.Astrid Dusendschön | 7 décembre 2019 à 21:47 | Étiquettes : émotionsTiffany Watt Smith | Catégories : InformationsTextesUncategorized | URL : https://wp.me/pCaho-1Bs

Noël

Articles

Mais d’où vient donc « NOËL » ?

A l’origine une fête païenne. Mot “Noël” vient du latin “Natalis”= Naissance. C’est la naissance du soleil.

En effet, cette fête coïncide avec le solstice d’Hiver, moment où le jour est le plus court: Le soleil est au plus bas, comme s’il mourait , puis il renait!

Depuis toujours (en tout cas depuis qu’ils ont un comportement religieux), les hommes ont fêté cette période. Les fêtes qui ont le plus directement précédé la fête chrétienne de Noël sont à Rome les Saturnales et dans les pays du Nord les fêtes de Yule. Le christianisme récupère ces fêtes en lui donnant un sens nouveau: ce sera la fête de Jesus, “soleil de Justice” (passage de la bible), “sauveur” du monde. Mais le Christ ne fait que donner un nouvel habillage à des rituels qui restent profondément des rituels de renaissances.

Saturnales: fêtes de la fécondité, du 17 au 24 Décembre. Saturne , Dieu des graines enfouies ds le sol. La fête est destinée à aider le soleil a remonter dans le ciel.

C’est aussi une fête où les valeurs essentielles de la société sont renversées: les esclaves commandent leurs maîtres, les hommes s’habillent en femme, les enfants commandent aux parents. C’est la fête de l’exubérance: on revient à l’”âge d’or”, le temps où la propriété n’existait pas et où tout était possible. Régression. Un roi des saturnales est désigné au sort parmi les jeunes légionnaires, et pendant toute la période qui précède la fête de Saturne, il a le droit de s’adonner à toutes ses passions , même les plus viles.Mais arrivé le jour de Saturne, il doit se couper la gorge sur l’autel du Dieu!!!

Car Saturne est aussi un Dieu vorace, et la fête de la fécondité est d’abord la mise en scène de la mort et de la résurrection: Saturne est le dieu qui dévore ses enfants, avant d’être le dieu de la fécondité, les romains ayant assimilé à travers ce dieu, d’autres dieux antiques et “anthropophages”, comme le Baal syrien, carthaginois, à qui la population immolait des nouveaux nés.

Avec l’enfant-jésus, le Christianisme présente une version atténuée et métaphorique de ce sacrifice: le Christ vient au monde pour y être sacrifié et racheter ainsi toutes les fautes des hommes. Les cadeaux que l’on se fait sont des formes atténuées de l’objet sacrificiel: Ils sont le souvenir du sacrifice. (Ds le sacrifice antique,l’homme est bientôt remplacé par l’animal, chacun emportant chez lui une partie de celui-ci, puis l’objet rappellera le sacrifice:Aux saturnales, on s’offre des petits objets de cuivre ou d’argent pour se souhaiter la richesse, des bougies pour la lumière et du miel pour la douceur -chocolats et marrons glacés!!).

Jésus rachète par son sacrifice les fautes des hommes: Noël est ainsi également une fête où l’on s’interroge sur ses fautes passées, et où l’on se lave de ses péchés: dans de nombreuses régions, la période de l’”avent” est aussi une période de “grand ménage”,une période où ressort toute la saleté donc (Norvège: dimanche précédant Noël: Dimanche “sale”) et chacun doit porter au moins un vêtement propre à Noël (sinon: malheur!) . La légende de St.Nicolas, qui porte des cadeaux aux enfants sages et des verges aux méchants est également dérivée de cette fonction de rachat des fautes jouée par la fête.

En plaçant la naissance du Christ le 25 Décembre (en 354), le christianisme assimile donc des pratiques et des cultes antérieurs, en particulier le culte solaire de Mithra et l’hénothéisme solaire, tentative d’unification religieuse de la part des empereurs.

Les emprunts à Mithra sont intéressants: Mithra est un dieu venu d’Orient, c’est le “sol invictus”, le soleil invaincu (à qui à l’origine on sacrifie aussi des enfants), il ne meurt pas, il s’élève au ciel pour accomplir le jugement dernier et ressusciter les morts. Le 25 Décembre , il surgit d’un rocher, et tue un taureau (dont un scorpion pince les testicules!!), dont le sang féconde la terre. Ses fidèles se réunissent ds des grottes , et celèbrent des repas communautaires.

Grottes >> Naissance de Jesus ds une grotte, repose dans une crèche. Repas de Noël.

Autre pratique païenne assimilée par la fête de Noël: La fête de la naissance d’Horus, le fils d’Isis,”soleil renaissant”.Isis est mère, porte un disque solaire et des cornes de vaches, protectrice de l’amour et maîtresse du destin, elle a obtenu son pouvoir par ruse du dieu soleil Râ.Elle est l’épouse fidèle d’Osiris, assassiné par Seth, dieu des ténèbres, qui l’enferme dans un coffre, le découpe en 14 morceaux. Osiris le retrouve et parvient à rassembler 13 morceaux; elle rend la vieà son mari et parvient à se faire féconder:

On retrouve bien le culte solaire, mais associé à celui de la mère fécondante et protectrice, dont la vierge Marie est un avatar.

On retrouve également dans la légende de St.Nicolas le coffre et le démembrement des corps: 3 enfants sont enfermés dans un saloir par un boucher, et le saint les ressuscite!

(Le saint est également accompagné d’un double “noir”pour punir les méchants : Ruprecht, Père fouettard…)

(Légende des cadeaux:Un hô songe à vendre ses filles, le saint dépose la nuit 3 bourses d’or dans les chaussettes ou les souliers des filles…Rachat du sacrifice, passage: les bourses vont permettre le mariage des filles).

Ce personnage bénéfique se retrouve aussi ds les légendes nordiques: C’est Odin, dieu des morts mais aussi ordonnateur du chaos et père des hommes, qui chevauche entouré d’elfes et donne des cadeaux aux mortels qui,lui rendent hommage.Ceux-ci (surtout les enfants!!) mettent leurs souliers sur le seuil des maisons, remplies de foins et de carottes pour la monture d’Odin.

La paille , symbole de la fertilité, est largement utilisée en Europe dans la décoration, en Pologne, on place une poignée de foin ss la nappe de Noël: la paille du petit-jésus est d’abord symbole de fécondité…

De même, ce repas ne peut commencer en Pologne que lorsqu’apparaît la première étoile, ds toute l’Europe pré-chrétienne (et la Pologne ne devient chrétienne qu’en 966),

les fêtes de Yule sont également des fêtes de la mort et de la renaissance: La terre semble morte, l’obscurité triomphe, quand Odin saute de cheval et allume une énorme bûche qui fait revenir la lumière!!! Les feux et lumières allumées sont destinées à éloigner les mauvais esprits, car les morts reviennent cette nuit, et il faut les amadouer:on leur fait bon accueil en veillant ce soir là le plus tard possible, et on leur laisse une part à table. La messe de Noël est également une christianisation de ces traditions de veillées, particulièrement favorables aux contacts avec “l’autre monde”.

Personnage du père Noël: Synthèse des différents St.nicolas, inventé en 1822 aux EU: Tous les attributs bénéfiques du saint, mais apparaît la veille de Noël, perd son “croquemitaine”, et devient jovial et rubicond.

En Russie, traditionnellement, c’est une fée, Kolyada, qui distribue des cadeaux aux enfants sages, vétue de blanc et se déplaçant en traîneau. Quid de la Pologne??

Arbre de Noël: Ds les mystères du Moyen âge représentant la nativité, un arbre décoré symbolise le paradis (un des trois enfants ressuscité par st.Nicolas s’écrie: “je croyais être au paradis!”).

Patient ou Client ?

Articles

Les médecins et d’autres professions de santé disent « patient », certains « psys » aussi…

Beaucoup de psychopraticiens , de thérapeutes disent « client » .

Moi j’ai choisi de dire plutôt « client », mais je ne m’interdit pas de dire « patient ».

Pourquoi ?

Le patient, du latin « pati », c’est celui qui subit, qui endure, qui souffre, qui souffre d’une pathologie .

https://www.le-mot-juste-en-anglais.com/2014/09/les-mots-du-mois-passion-patience-patient.html

Le client, étymologiquement, c’est celui qui est protégé.

Client, itinéraire d’un mot à la grandeur retrouvée

Avec le développement de la consommation de masse, ce mot prend un autre sens : Le client, c’est celui qui achète. Le vendeur lui fournit un service… et bien sûr c’est dans son intérêt de contenter le client.

Alors bien sûr, le métier de thérapeute, c’est aussi de vendre un service : On nous paye pour le « service » que l’on rend. Il s’agit des honoraires que l’on règle à son thérapeute généralement à la fin d’une séance (j’y reviendrai dans un prochain article).

Mais au delà, le client, c’est celui qui DÉCIDE : qui décide de se donner une « protection », pour mieux mener sa vie. C’est aussi celui qui décide de la façon dont il mène sa thérapie et de où il veut aller.

Le thérapeute accompagne et éclaire, aide à trouver SON propre chemin. Par exemple, une femme « trompe » son mari et ne sait pas si elle « doit » le quitter pour rejoindre son amant ou au contraire rompre avec l’amant et « guérir » son couple. Moi, je ne sais pas ce qui est bon pour elle (même si j’ai une idée personnelle sur la chose, qui sera ou non confirmée par les faits).. C’est elle qui utilisera mes services et mes compétences pour décider finalement comment elle doit agir. Moi, thérapeute, je m’attache à la comprendre à « rentrer dans son monde » pour l’aider choisir avec sérénité… et nous comprendrons ensemble ce qui est mieux pour elle.

Le client donc, est aussi parfois, souvent (pas toujours) en souffrance, il endure, il reste bloqué, passif face à certaines situations, et c’est bien à cause de cela qu’il vient me voir.

Alors je ne m’interdis pas d’utiliser aussi, en fonction des situations le terme de « patient ».

Vous avez bien compris que je préfère « client » le plus souvent, car ce terme même rend le pouvoir à celui qui consulte, c’est un pas vers la liberté qu’il recherche…

L’Angoisse

Articles

« L’angoisse est le vertige de la liberté. » – Sören Kierkegaard

L’angoisse

On ne sait pas trop d’où ça vient… On voudrait bien la retenir, mais c’est là… Quelque chose, une boule au ventre, ou à la gorge, ou les deux… on se sent retenu, gêné pour agir… on sent davantage son cœur… et on a même envie de déglutir…

On appréhende… Parfois on sait quoi, parfois non… On appréhende un peu tout en fait… Un peu comme un poison, qui vient de nous même et dont on voudrait bien se débarrasser…

À un moment on se dit que c’est de l’angoisse , ou c’est quelqu’un d’autre qui nous le dit… Ça calme au début de le savoir: c’est identifiable, identifié… Donc on peut s’en sortir…

Après, ça devient souvent encore plus insupportable… et le plus souvent on le supporte… ou bien on va consulter.

L’angoisse, oui, c’est quelque chose en nous qui nous retient.

Quelque chose en nous qui nous fait peur, sans qu’on sache vraiment « peur de quoi » ?

Comme si quelque chose en nous disait « NON » lorsqu’émerge un désir, si petit soit il, une pulsion, une envie, même fugace. Et on peut même se sentir paralysé(e)…

C’est un manque de soutien par soi même. Le sentiment d’illégitimité à faire, ou alors de prendre trop de risque(s).

La thérapie consiste à débusquer ce « nous » qui nous freine, à le comprendre, comprendre pourquoi il est là…

Peut-être s’en débarrasser, quand il vient de quelqu’un d’autre, peut être juste l’accepter et lui donner sa vraie place, c’est à dire donner satisfaction au besoin qu’il exprime.

Ça peut être l’enfant qui pleure par ce qu’on ne lui a jamais permis de crier et alors l’adulte redoutera au plus au point toute manifestation de colère, ou même de joie, de désir, dès lors qu’il sera trop expressif…

Ça peut être l’enfant qui pleure, parce qu’on ne lui a jamais permis d’aimer, parce qu’on ne l’a jamais aimé, ou alors qu’on l’a mal aimé…

Souvent plusieurs causes sont présentes, et on s’attachera à favoriser l’expression, dans le cadre sécurisé de cabinet du psycho praticien, de ces sentiments là.

La confiance et l’estime de soi même. Le sentiment de se savoir respecté, quoique soit ce que l’on amène. Se savoir apprécié… Osons le mot : aimé.

Trouver d’autres possibilités, d’autres possibles dans l’action, savoir que l’on peut faire des choses nouvelles, employer qui sait de nouveau mots, ressentir avec joie et sérénité des sentiments que l’on croyait enfouis …

Évidemment l’angoisse n’est pas une fatalité, elle se traite. Par la découverte qu’elle est en fait le signe d’une immense puissance , d’une infinie source de joie et de satisfaction qui est en soi.

C’est une énergie bloquée que la thérapie permet de (re)mettre à votre disposition, sans danger pour soi même ou pour autrui.

CRI

Poésie

Au début était la vibration.

Le sentiment et la chair…

Le sentiment, c’est la chair qui parle.

La vibration sourde et profonde de la chair en soi.

La respiration folle de la vie.

L’appel désespéré de la peau.En dedans.

Au commencement était ce qu’il y a entre…

Le courant desordonné qui va

sûrement

là où il doit être.

Le mouvement

L’exultation joyeuse.

L’émergence du souffle.

La jouissance du Cri.